Coup d’œil dans les coulisses de la conception de Prévention, éducation et intervention en matière de consommation de substances en milieu scolaire : une approche multiniveau et développementale, de la maternelle à la 12e année au Canada

Une norme pancanadienne sur la manière dont les écoles abordent la consommation de substances doit être conçue avec celles et ceux qui devront vivre avec le document au quotidien.
Pendant trois ans, de 2023 à 2026, Prévention, éducation et intervention en matière de consommation de substances en milieu scolaire : une approche multiniveau et développementale, de la maternelle à la 12e année au Canada (la « Norme ») a été élaborée collégialement. Le document est ainsi le fruit d’une collaboration entre les milieux de l’éducation de la maternelle à la 12e année, de la santé publique, de la recherche sur la consommation de substances, des réseaux de jeunes et des détenteurs des savoirs autochtones. Le processus a été conçu pour produire des lignes directrices à la fois rigoureuses et applicables sur le terrain dans les établissements scolaires.
La Norme est la première réalisation d'« Ancrer le changement », une initiative nationale visant à transformer la manière dont les écoles aux quatre coins du Canada abordent la prévention, l'éducation et l'intervention en matière de consommation de substances, grâce à des directives coordonnées et fondées sur des données probantes, ainsi qu'aux ressources nécessaires pour la mise en œuvre.

« Ancrer le changement » est pilotée par un partenariat collaboratif rassemblant Bienamont : le Centre canadien d’innovation en santé mentale et en consommation de substances chez les enfants et les adolescents de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (CCDUS), l’Association canadienne des gestionnaires de commissions scolaires (ACGCS), Éducation physique et santé (EPS) Canada, et la Commission des élèves du Canada (CÉC). L’élaboration de la Norme s’est déroulée sous la direction du Groupe CSA, un organisme d’élaboration de normes accrédité par le Conseil canadien des normes.
Voici le récit de cette collaboration entre ces partenaires, et bien d’autres encore, qui a permis à la Norme de voir le jour.
Comment la norme a été élaborée
Un processus d'élaboration collaboratif, en deux phases, sur trois ans | 2023 – 2026
Phase 1: établir la base de données probantes (2023-2025)
Avant de rédiger le moindre article, l'équipe de Bienamont à UBC s'est attachée à brosser un portrait de la situation. Les quatre activités de recherche interdépendantes suivantes ont ainsi permis de déterminer ce que la norme devrait accomplir.
- Une revue systématique et une méta-analyse des programmes de prévention de la consommation de substances en milieu scolaire ont conclu à la nécessité d'adopter des approches globales et à l'échelle de l'établissement scolaire, qui appuient les compétences socio-émotionnelles et qui englobent la démarche de réduction des méfaits. Les programmes isolés et les approches axées uniquement sur l'abstinence ou sur l'information ne sont pas efficaces et peuvent entraîner des préjudices.
- Un sondage national mené auprès des directions et des directions adjointes d'établissements a révélé à la fois de profondes inégalités dans les programmes existants ainsi qu'une forte demande émanant du secteur éducatif pour disposer de conseils fondés sur des données probantes et des ressources pratiques.
- Une analyse critique du contenu de la presse canadienne portant sur la couverture de la consommation de substances chez les jeunes (2016-2024) a mis en lumière comment le discours public présente cet enjeu et où les interventions en milieu scolaire brillent par leur absence dans la discussion.
- Un examen des lignes directrices nationales et internationales existantes, notamment les Normes canadiennes de prévention de l'abus de substances chez les jeunes en milieu scolaire du CCDUS, les Normes internationales en matière de prévention de l'usage de drogues de l'ONUDC et de l'OMS, ainsi que le Plan d'action de l'Agence de la santé publique du Canada, a permis de cerner les éléments sur lesquels s'appuyer.
Phase 2: élaborer la Norme (2025-2026)
La phase 2 a marqué le passage de l'initiative à l'élaboration de la norme à proprement parler, sous la direction du Groupe CSA, d'après leur processus établi et accrédité. Tout au long de cette phase, le comité exécutif d'« Ancrer le changement », composé de représentants des cinq partenaires nationaux, a guidé les travaux, en déterminant l'orientation et en veillant au respect des engagements communs du partenariat. La rédaction au quotidien a été réalisée par un comité de spécialistes pluridisciplinaires, tandis que des commentaires plus généraux étaient recueillis dans le cadre d'une consultation qui a mobilisé le grand public.
Le comité pluridisciplinaire de 30 spécialistes en la matière, dont des éducateurs, des professionnels de la santé et des politiques, des chercheurs, des représentants des jeunes, des participants francophones, des membres des Premières Nations, des Inuits et des Métis, ainsi qu'un Aîné, s'est réuni à huit reprises entre mai 2025 et mars 2026. Entre les réunions, le comité a examiné et peaufiné les ébauches d'articles élaborés à partir des six domaines suivants de données probantes, identifiés au cours de la phase 1 :
- la prévention en amont et les pratiques axées sur l'appartenance ;
- les politiques et pratiques axées sur les forces ;
- le dépistage et le suivi axés sur les relations ;
- la participation des élèves et des familles ou des tuteurs/tutrices ;
- l'éducation et les messages fondés sur des données probantes ;
- les partenariats entre l'école et la communauté.
Les recommandations de la Norme adoptent une terminologie du type doit/devrait/peut qui reflète le poids des données probantes sous-jacentes : doit désigne les pratiques présentant le plus grand potentiel d'impact d'après les données probantes solides ; devrait désigne les pratiques bien étayées et recommandées ; et peut désigne les pratiques prometteuses les mieux adaptées aux capacités et au contexte locaux.
Un sous-groupe du comité a également examiné la traduction en français de la Norme afin que le document soit clair, crédible et utilisable dans les établissements francophones partout au pays. Un autre sous-groupe s'est penché sur ce qui serait nécessaire pour intégrer une perspective décolonisatrice au processus d'élaboration de la norme et pour appuyer son utilisation dans les milieux autochtones.
Un engagement envers le consensus
Chaque article de la Norme a été élaboré selon un processus décisionnel fondé sur le consensus, conformément à la méthodologie rigoureuse du Groupe CSA. Un consensus a été atteint sur l’ensemble du contenu de la version définitive de la Norme.
Les contributions ont dépassé le cadre du comité lui-même. Une séance de mobilisation plus vaste a permis de recueillir des avis supplémentaires provenant des réseaux de la santé, de l’éducation, des politiques publiques et de la jeunesse. Par ailleurs, une consultation publique de deux mois (novembre 2025 à janvier 2026), hébergée sur le site internet du Groupe CSA, a permis à toutes les parties désireuses d’apporter des commentaires sur les ébauches de la norme, en français et en anglais. Toutes les soumissions ont été examinées tant par le comité exécutif d’« Ancrer le changement » que par des comités de spécialistes pluridisciplinaires, puis intégrées, le cas échéant.
Les prochaines étapes
Après trois années de travail et grâce à la sagesse collective de plus de 30 spécialistes, de centaines de participants à la consultation publique et de partenaires provenant de toutes les régions du pays, la Norme est à présent disponible. C’est une ressource commune et un point de départ.
Pour les partenaires de l’initiative « Ancrer le changement », le travail le plus passionnant reste à venir : accompagner les établissements scolaires, les arrondissements et les communautés à mettre la Norme en pratique, sur le terrain, en s’appuyant sur les outils et les ressources de mise en œuvre désormais disponibles, et sur bien d’autres encore à venir.
Nous avons hâte d’apprendre aux côtés de toutes celles et de tous ceux qui en relèveront le flambeau.
